31.5.06

Ca slam

Une émission sur la Première attire mon attention. Grand Corps Malade est l'invité. L'animatrice lance un appel à ses auditeurs : "Venez slamer". Je n'avais jamais slamer, mais j'avais ce texte qui me semblait bien aller dans l'esprit du slam. un texte adressé a quelqu'un qui connait bien la radio. Ironie du sort...


Monsieur


Monsieur, monsieur, tu dois avoir raison
Je dois être sans doutes un peu trop con
Tu dois penser juste derrière tes oeillades austères
Il y a juste un peu trop longtemps
Que tu ne t’es pas ramassé sur les dents
Ta dent contre ma personne Monsieur
N’étonne pas grand monde dans ton petit monde
Parce que chez les gens aussi avenants que toi
Le dédain est une obsession, un hobby
Et après on se paie un psy parce qu’on a pas d’amis


Monsieur, Monsieur, tu dois avoir raison
Je ne suis sans doutes pas de ton rang
Mais je t’assure viser d’autres utopies
Que ta condition immaculée de pauvre petit enculé
Oh Monsieur, je m’emporte, excuse ces mots-là
Je voulais juste être sur que tu me comprennes
En utilisant un vocable digne de ton jargon
Monsieur, j’ai ce défaut d’avoir des valeurs
Qui me font trembler de répugnance
Lors de palabre avec des sommités de ton importance

Monsieur, Monsieur tu dois avoir raison
Je suis d’une nature susceptible
Mais tu comprendras qu’il m’est impossible
De reprendre en cœur, les valeurs de tes fiers plastrons
Sur lesquels on lit en langage que tu ne connais pas
La pauvreté de ta culture, ton manque d’ouverture

Tu trônes en oubliant qui tu es au plus profond
Petit va-nu-pied du genre humain
Les gens et les choses ne t’émeuvent pas
La vie des autres ne te regarde pas
Toi qui ne lis pas, qui n’écoutes pas, qui ne vis pas

Monsieur, Monsieur, tu dois avoir raison
Je ne devrais pas t’en vouloir
Je devrais m’en foutre et t’ignorer
Mais mon marasme touche à son paroxysme
Et t’oublier ne ferait que seconder ta connerie
A partir d’aujourd’hui je veux que chaque jour
Dans ta misérable existence d’être insipide
Tu subisses les troubles de ta conscience
Qui te rappelleront de façon machinale
Que nous sommes beaucoup à te vouloir du mal.

14.5.06

Programme Mc Do


Plus le temps passe, plus ça devient restrictif. La faute à qui ? A ces pousseurs de disques des années 80 peut-être. Persuadés d’être intéressants en ressassant leurs banalités, leur ton à la con avec cette salle manie de parler sur les intros des disques en faisant vaciller le volume jusqu’à faire vomir leur auditoire auquel ils pensaient plaire.

Alors bien sur, si la parole est réduite à ce qu’elle est aujourd’hui sur les chaînes de radios musicales, c’est bien parce que des études été faites. Soit.

Mais le robinet à musique cache d’autres petites broutilles que bien des dirigeants de radio ne veulent pas voir.

Pour expliquer l’une de ces broutilles, prenons un exemple que tout le monde connaît : Un homme derrière les fourneaux prêt a faire a manger pour sa petite famille. Il décide de faire un gratin de pâtes. D’ailleurs quand c’est lui qui fait a manger, il fait toujours un gratin de pâtes.

Il va donc ressortir son vieux bouquin de cuisine, le seul dans lequel il comprend bien ce qu’on lui dit, le seul à qui il fait confiance, parce que c’est en vérité le seul bouquin de cuisine qu’il ait ouvert durant les trente-cinq premières années de sa vie.

Il fait donc son gratin de pattes selon sa recette bien à lui qui vient de son bouquin à lui et de sa propre manière de faire… Sa femme lui a bien suggérer un jour de rajouter une épice, mais non, il n’y a qu’une façon de faire le gratin de pâtes, d’ailleurs, tout le monde autour de la table se rue dessus et le dévore. C’est pas parce qu’il est bon, c’est qu’il est réussi. Son goût est passe partout, donc passe bien.

Malheureusement, notre cuisinier se sent mal à l’aise, le jour où on lui demande de faire son gratin dans une autre cuisine avec d’autres ustensiles, d’autres matières première. Que va-t-il donc faire ? Il va courir rechercher sa vieille recette, celle qu’on lui a appris quand il était à l’école, sans voir qu’entre temps, on a inventé le vitrocéramique, les poêles antiadhésive et que l’ouverture en matière de cuisine à notre époque a énormément évolué que ça soit par les goûts, les aliments et la façon de cuisiner.

Et bien ce cuisinier est un chef typique de radio. Pourquoi faire des nouvelles recettes quand les vieilles fonctionnent ? Quand tout le monde va bouffer du supermarché au lieu de goûter à l’épicerie fine…

L’animateur dans cette histoire de cuisine, c’est celui qui va faire un gratin de pâtes avec un vague souvenir de la recette de base… Il va l’adapter à son temps… Mais le pauvre, quand il va commencer à mettre son grain de sel dans la cuisine du chef, il est foutu… Pourquoi ? Parce que le chef sait (malgré tout) qu’il existe d’autres recettes que la sienne.

C’est dans cette ambiance que certaines radios servent leur soupe tiédasse à un publique désormais habitué aux produits lyophilisés, vite préparés, vite bouffés et surtout facilement digérables.

Mais a force de tremper son pain dans cette soupe, le public risque d’avoir une sacré chiasse… Est-ce que ces chef-là seront-ils trouver l’anti-votimitif après avoir fait bouffer du programme mac do ?

Une chose est sûre, l’ouverture d’esprit, le Q.I. et l’esprit visionnaire ne font pas partie des critères de sélections de la plupart des chefs d’antenne.

2.5.06

Radio jingle


Un jour dans un bistrot, alors que vous avez démissionné de Ville fm depuis quelques temps, vous tombez sous une enceinte qui diffuse perpétuellement les mêmes chansons avec une différence depuis votre départ : Les jingles. Ah ça, c’est pas que ça a changé de mélodie (vous avez remarqué que quasiment toutes les station musicales ont la même mélodie en matière de jingle), mais c’est une nouvelle instrumentation, bref, on a investi dans du jingle (et des sommes assez colossales qu’on utiliserait en tous les cas pas pour payer les heures sup’ des animateurs).

Et malgré une radio qui se veut régionale, on a surtout pas fait appel à des studios du coin pour faire des jingle, parce que d’après la direction, il n’y a pas de studio dans le coin capable de faire des jingles si bien réussis. On n’est pas bien sur d’avoir bien compris ce qui fait qu'un jingle est bon, mais à entendre, un jingle réussi, c’est un jingle qui ressemble beaucoup à celui de la concurrence. (normal, ils sont tous faits dans les mêmes studios en Italie)

D’ailleurs en parlant de jingle, on est surpris d’apprendre que dans une radio musicale, c’est lui et la voix antenne* qui a le plus grand temps de parole à l’antenne.

Démonstration pour une heure d’antenne l’après-midi :

- Si on compte qu’un jingle dure en moyenne 6 secondes et qu’on le trouve à la fin de chaque chanson.

- Dans une heure il faut compter une moyenne de 20 chansons

A ce stade, notre ami jingle parle déjà 2 minutes par heure

- Vous rajoutez 5 «liners» de 5 secondes parlés par la voix antenne*

- Vous rajoutez 3 promos antenne* d’une durée moyenne de 20 secondes

On en arrive à 3 minutes 30 parlées par heure par le jingle et la voix antenne

Prenons maintenant l’animateur de cette même heure de l’après-midi

- H+0 Il donne l’heure à l’heure pile (5 sec)

- Il annonce les trois chansons a venir (10 sec)

- H+18 il dit bonjour et fait croire que son émission va être interessante avant d’envoyer la pub (20sec)

- H+30 Pendant un 1 minute, Il fait l’agenda de la région en annonçant uniquement les événements dont les organisateurs ont été d’accord de mettre le logo de sa radio sur les affiches. (ce qui en fait une sélection passionante…)

- H+45 Avant la pub, il annonce qu’il va bientôt (en réalité dans une demie heure à h+18) faire gagner un dvd (20 sec)

Voilà l’heure est bouclée, notre animateur a donc exprimé son talent pendant : 115 secondes, soit à peine 2 minutes.

_______________________________________________________

*la voix antenne, c’est celle qui annonce l’heure quand il n’y pas d’animateur, qui dit « bonne journée » entre deux disque parce que l’animateur sait pas le faire, elle dit «la météo» avant la météo ou encore «l’inforoute avec le garage Duchemole»

* la promo antenne est une pub pour une autre émission. En générale l’argumentation de cette promo est la suivante : Un voyage a gagner, écoutez les plus grands tubes, passez une bonne soirée, un bon réveil, etc… On entend rarement une promo antenne qui suggère d’écouter une émission pour son contenu (normale, les 90% du temps, il n’y a pas de contenu)

30.4.06

Troisième étape, l’antenne.


Bon, c’est pas qu’on vous sente prêt (d’ailleurs on ne vous dira jamais «T’es bon» ou si peu) mais c’est que c’est le mois de juillet et que tous les animateurs sont en vacances.

Donc après 2 mois de pseudo formation pas payée (le gros du truc s’apprend en faisant de l’antenne), on vous met à l’antenne alors que vous savez à peine ce que veut dire «réalisation»

Oui parce que dans une radio musicale, on réalise aussi (on s’occupe de l’aspect technique si vous préférez). Enfin, on arrête un programme automatique quand on veut prendre la parole, c’est pas vraiment plus compliqué que ça. Au début, on ne vous fait pas de contrat, on vous fait bosser à l’heure. Beaucoup d’heures. Mais vous êtes tellement content de faire de l’antenne que faire 2 tranches horaires de 3-4 heures pendant deux semaines non-stop vous éclate complètement.

Et il y a de quoi. Jullet-août, la direction n’écoute pas l’antenne. Vous êtes débutant et n’avez pas vraiment l’idée de ce qui se fait ou de ce qui ne se fait pas, donc vous faites à peu prêt tout ce qui vous passe par la tête. (Des trucs trèèèèèèèèèèèèès trèèèèèèèèèèèès graves qui vont changer le cours du monde comme inverser deux disques par exemple…:-)

Vous vous prenez la tête pour des tournures de phrases, vous bossez vos émissions à fond, vous avez l’impression que ceux qui vous écoutent, le font avec attention, vous pensez même que des gens vont allumer leur radio juste pour vous écouter. A cette époque, les cages (expliquées plus bas) n’existent pas. On vous demande de parler tous les 4 disques…

Mais en faite vous ne parlez pas, vous récitez des textes répétés quinze fois avant l’ouverture de votre micro…

C’est la période où vous êtes d’accord avec tout ce qu’on vous dit. C’est la période où vous allez chercher la critique chez vos chefs dans l’espoir de vous améliorer. Comment à faire de la radio, c’est penser qu’on va en faire toute sa vie…

Et pourtant, combien on été désillusionnés ? Combien sont encore en poste à se demander tous les jours qu’est-ce qu’ils foutent là… A se demander pourquoi est-ce qu’ils ne partent pas avant de se faire virer au prochain changement de direction, d’organigramme, de format.

12.4.06

les plaisirs démodés

Attention à ne pas peindre le blog en noir, il y a aussi du bon. Ouvrir le micro et parler (si insipides soient vos paroles), c’est quand même une expérience unique.

Quand le format vous demande de faire vingt secondes d’antenne, les vingt secondes s’avèrent intenses. Difficile d’expliquer ce qu’il se passe à ce moment-là. C’est un peu comme affronter un public sur scène… Le premier pas qui vous fait monter sur les planches, c’est une sorte de plongeon vers l’inconnu. Et même si préparé est cet inconnu, vous ne garantissez jamais à votre voix, à votre ton d’être juste au bon moment.

Jamais un texte répété six fois avant d’être dit ne sonnera pareil à l’antenne… C’est pourquoi la montée d’adrénaline que vous subissez en allumant votre micro est aussi forte que la chute d’adrénaline quand vous l’éteignez.

Malheureusement, et c’est comme ça dans tous les métiers, il se peut que parfois, allumer votre micro ne vous procure plus rien. Il se peut même que vous soyez fatigué de parler en plein milieu d’une intervention.

Le pire, c’est quand on vous demande de parler de quelque chose auquel vous ne croyez pas.

Détester profondément un artiste et en faire une thématique sur une semaine peut se révéler comme un clavaire insoutenable. Vous avez l’impression de mentir aux gens qui vous écoutent. Vous vous trahissez vous-même.

Mais même dans ce cas, à la longue, ça ne vous fait plus rien.

Et il existe la situation inverse: quand on vous demande de parler de quelque chose qui vous passionne et que votre temps de parole est complètement réduit et que par frustration vous vous entendez vous excusez à l’antenne avec une phrase du genre : «on pourrait en parler des heures, mais on va résumer… ».

Parce que là, une fois de plus, la direction n’a pas su vous écouter quand vous lui avez suggéré que prendre un peu plus de temps pour parler d’un artiste pouvait amener quelque chose puisque vous connaissiez parfaitement votre sujet.

Il arrivera parfois qu’on vous interdise même de traiter d'un sujet que vous connaissez par cœur et qui colle parfaitement à la radio… parce que votre chef d’antenne se dit : « Il va m’en faire une tartine » ou tout simplement parce que le chef d’antenne se fait un malin plaisir de vous l’interdire.

7.4.06

Votre place à l’antenne

L’animation dans une radio musicale consiste à faire court en parlant sur de la musique dans un laps de temps prédéfini par le programmateur. L’important, c’est que quelqu’un qui écoute la radio la journée, ne soit pas dérangé par votre voix. En somme, même quand il y a de la pub, même quand il y a l’info, l’important, c’est que la radio reste cette espèce de ronflement de fond où rien ne perturbe l’auditeur… Un peu comme le bruit d’une machine à laver : les 10 première minutes on entend ce bruit et au bout d’un moment, le bruit devient murmure…

Dans ce contexte, difficile d’avoir de la personnalité. D’ailleurs, c’est tout ce qu’on déteste chez vous, votre personnalité. Pour l’effacer, on va vous dire quand il faut parler, combien de temps et ce que vous allez dire.

C’est l’avantage et le désavantage de ce métier. Quelqu’un d’absolument pas créatif pourra sans problème faire de l’antenne car on lui dit ce qu’il doit dire :

On reçoit régulièrement des instructions de la direction qui exige de vous par exemple que vous parliez d’un concours qui aura lieu dans une autre émission. On vous demande d’en parler même deux fois par émission (souvent avant un bloc pub dans lequel il y a une publicité qui parle déjà du concours en question).

Quand vous savez que vous avez environ six interventions «libres» durant votre propre émission. Que deux de ses interventions sont utilisées pour dire bonjour, au revoir, qu’il y a un minimum de deux «teasing» à faire, autant dire qu’il n’y pas besoin de savoir rédiger un papier d’humeur pour travailler sur Ville Fm.

Vos interventions, réduites à 20 secondes avant les écrans pub font quasiment partie du bloc pub. Dans le sens où quelqu’un qui n’écoute la radio que d’une oreille ne fera absolument pas gaffe a vos interventions.

20 secondes durant lesquelles on vous suggère fortement de donner le nom de la radio, le titre de la chanson qui suit la pub… Bref, votre personnalité, vos idées, c’est pas dans ce contexte qu’on va les mettre en avant.

5.4.06

deuxième étape, la rencontre avec le chef d’antenne


Le chef d’antenne, c’est le mec qui était là à l’entretien à côté du plus grand chef d’antenne, qui n’a pas pipé mot mais qui a fait oui de la tête à chaque fois que le plus grand chef affirmait quelque chose.

C’est lui qui va vous apprendre à « être format ».

Le chef d’antenne, c’est ce type qui fait de l’animation comme il va à l’usine. Sauf qu’il a le sourire la plupart du temps et que dans la chaîne de l’usine, il va un peu plus vite que les autres pour montrer au plus grand chef comme il est docile, bien élevé et d’accord.

Le chef d’antenne, c’est le larbin du plus grand chef qui n’ose pas dire les choses. Donc le chef d’antenne vient vers vous en vous mettant la main sur l’épaule et vous dit : « Le plus grand chef a dit que tu devais faire comme ça ». A la fin de la journée, il n’oublie pas le « mot de sympathie » à votre égard, technique qu’il utilise à l’antenne pour se mettre dans la poche "ses auditeurs".

Donc, le chef d’antenne vous apprend à faire de la radio commerciale. Il n’est plus du tout question - comme c’était le cas sur le service publique - de se demander pourquoi on amène un sujet de telle manière, pourquoi on prend cet angle à la place d’un autre. Vous comprenez vite que les sujets de toute façon, il n’y en a pas.

Non, pour « être format », il faut savoir réciter un horoscope qu’on vous file, plein de fautes d’orthographe, et de fautes de syntaxe. Pour dire l’horoscope, il ne faut pas oublier de donner « la marque » au début (le nom de la radio), la date du jour et de finir par « un mot de sympathie » (Bonne journée, merci d’écouter Ville fm, merci de votre fidélité, etc…)

Le tout en une minute sur un tapis à ne pas dépasser (c’est-à-dire parler sur une musique exempte de droit faite à partir de synthétiseurs pourris qui fait pile une minute).

« Et si tu dépasses, explique le chef d’antenne, ton jingle s’enchaîne. » En d’autres termes vous êtes en train de parler, et hop une voix à la Jennifer vous chante « Viiiiiiilllllllleeeeeeee FM ! » alors que vous n’avez pas fini.

C’est à cause de ce système absolument détestable, que la plupart des animateurs ont ce bagout trop rapide et une voix qui monte dans les aigus avec un ton absolument pas naturel puisqu’il doivent se dépêcher de finir leur blabla pour écouter le tube du mois de Céline Dion.

première étape, l’entretien.



-Vous connaissez Ville fm ?
-Heu… oui, un peu.. enfin, ça m’est arrivé de l’écouter en voiture...
-Vous avez fait beaucoup de radio ?
-Heu… non, enfin, oui, le concours sur la rsr, quelques chroniques…
-Vous aimez quoi à la radio ?
-Le fait qu’on ne peut pas utiliser de photos de filles nues pour que ça marche.
-Vous faites de la technique ?
-De la quoi ?
-De la réalisation…
-Ah ? Non, ben à la 1ère, y avait un réalisateur…
-Vous êtes prêt à travailler les week-ends ?
-Oui… Même le soir, je rêve de faire de la radio la nuit.
-La nuit, y a pas d’animation, la musique fait plus d’auditeurs que les animateurs.
-Ah!
-Vous voulez quoi comme salaire ?
-5000.- brut..
-Ca sera moins.
-Ah ? et c’est un plein temps.
-Non, à l’heure, quand on a besoin de vous.
-Ah!
-Toujours intéressé ?
-Oui, bien sur, j’ai plein d’idées de chroniques, sur les gens, le monde, la région.. J’ai envie de parler de musique, de la société, interviewer des objecteurs de conscience, des artistes, des gens passionnants et..
-Bon, vous allez déjà faire l’horoscope.
-Ah!

le téléphone sonne


Le jour où ce téléphone sonne, la vie n'est pas pas très marrante : Chômage, recherches d’emplois dans des postes à la con pour des réponses à la con, genre : « Merci Monsieur, mais on a trouvé mieux. »

Le jour où le téléphone sonne, une voix nonchalante vous propose un essai, pas dans n’importe quelle radio. La grosse radio du coin, celle qui marche bien… Mais ça, on le sait pas à ce moment-là.

La montée d’adrénaline que procure un moment comme ça, ça ne s’oublie pas. C’est de l’onanisme intellectuel. Un genre de sentiment de toute puissance, de chaleur, de réconfort… peut-être un bout de bonheur.

Mais un téléphone, c’est pas tout, les étapes sont multiples, pas payées, longues, mais passionnantes.

1ère étiquette

A ce moment-là, il y a une sorte de malaise palpable. Vous n’êtes pas content de vous et pourtant on vous propose quand même de faire de l’antenne. On a compris quelque chose chez vous, vous êtes curieux en musique. Donc, première étiquette collée, on vous invite dans une émission comme spécialiste de la musique. Un peu plus tard, une discussion avec un producteur vous permet même d’être chroniqueur pendant quelques mois dans son émission de musique classique pour parler….. de l’histoire de la musique électronique !!!!

Avec si peu de matière, vous tentez quand même la radio privée… Vous envoyez votre pauvre maquette avec 3 extraits de la RSR et… silence radio ! Jusqu’au jour où…

31.3.06

c’était pas possible de savoir


La déception est grande. Le rêve de gosse que vous effleuriez vous passe sous le nez. Sensation d’humiliation, d’injustice. On en veut à tout le monde, ceux qui ont décidé, ceux qui vous ont fait croire que, ceux qui ont été retenu. Mais on s’en veut surtout à soi.

« Pourquoi j’ai pas fermé ma gueule ?» une question que vous vous posez encore souvent aujourd’hui.

Peut-être parce que quelqu’un qui veut faire de la radio doit être vrai. Il doit avoir un sens critique. Quelqu’un qui veut faire de la radio, s’il doit savoir communiquer, n’est pas forcément quelqu’un à l’aise dans les discussions de bureau. Mal à l’aise pour se vendre, mal à l’aise pour accepter la défaite et pas du tout au diapason quand il s’agit de formuler une critique qu’on va chercher chez vous mais dans laquelle vous auriez dû mettre un nombre de filtres incroyable, pour que ça passe, pour que celle-ci soit digérable.

Aujourd’hui, après 6 ans d’expérience, vous savez comme il est pénible d’écouter un merdeux qui n’y connaît rien venir vous expliquer comment fonctionne la radio dans laquelle vous travaillez.

Mais ça, comme candidat à un concours, comme débutant, c’était pas possible de savoir.

28.3.06

s'ils avaient su...


Les mecs de Couleur 3 qui ont voté contre votre candidature comme animateur au sein de la RSR ne savent pourtant pas certains détails. Ils ne savent pas que vous écoutez la 3 depuis gamin, que vos parents vous ont infligé à 9 ans les k7 des dj de la 3 dans les années 80, quand l’acid house faisait ses émules. Ils ne savent pas que bien plus tard, 10 ans peut-être, à la lecture d’un article dans le Temps qui donnait Couleur 3 pour morte remplacée par une chaîne d’info, vous alliez organiser une manifestation de soutient devant les bureaux à l’avenue du Temple à Lausanne. Ils ne savent pas le temps que ça a mis de faire des envois d’e-mail à coup de modem pourris et de distribuer de tracs dans la plupart des bars de la capitale vaudoise.

Non, eux, ils savaient juste qu’en France, il fallait sélectionner 10 tubes pop-rock en rotation fréquente, faire parler leurs animateurs tous les quarts d’heure le moins longtemps possible et que grâce à ce stratagème longtemps étudié à Paris, Couleur 3 allait reprendre des couleurs.

Les auditeurs sont toujours là, les décideurs en question sont repartis à Paris.

Couleur 3 petits mots de trop


Il faut dire qu’à cette époque on y connaît pas grand-chose. Et comme la production paie des bouffes au resto, certaines «têtes» des différentes chaînes du service publique s’incrustent; comme ça pour voir. Et après quelques bouteilles, on vous demande entre deux discussions un avis sur un de leurs programmes: "T’en penses quoi de la nouvelle formule de Couleur 3… ?»

Et là, l’alcool ayant fait son chemin, vous dites en toute sincérité que c’est dommage qu’on ait insuflé un format pop-rock variétoche(ça a changé depuis, heureusement) . Sans parler de cette cochonnerie de playlist mise en place à l'antenne comme si Couleur3 devait absolument se retrouver un jour dans la peau d’NRJ.

Evidemment dire un truc pareil à un mec débauché depuis la France pour «sauver» Couleur 3, ça le fait pas.

Quelques jours plus tard, à l'heure du verdict pour le concours d'animation, vous regrettez votre franchise quand dans le bureau de la grande direction, on vous sort un truc du genre : « On est persuadé que vous êtes fait pour faire de la radio, d’ailleurs les membres du jury ont tous été convaincus, sauf ceux de Couleur3 ».

26.3.06

Une voix trop jeune



En gagnant un concours sur RSR-La 1ère, on pense apprendre pas mal de choses. Comme les débuts de l’écriture dite radiophonique (de l’écrit à lire pour être dit), on apprend à faire une prise de son à l’extérieur, à faire un reportage, un interview, un micro-trottoir et même, on apprend à faire du montage avec des mecs qui utilisent 4 à 5 pistes audio différentes pour réaliser votre son.

A cette période, pour traiter un sujet, on a entre 3 et 12 minutes. Plus tard, on devra apprendre à faire ça en 20 secondes. Pourquoi ? On imagine qu’il y a une histoire de confiance, de fric et de beaucoup d’autre chose. Mais on en reparlera.

Dans ce concours, on apprend aussi l’échec de la dernière heure : quand vous avez passé tous les tests, toutes les sélections, que vous avez fait de l’antenne et que la dernière étape vous passe sous le nez, c’est terrible!

Il y a une sorte de règle du jeu expliquée par l’équipe du concours à la fin des deux semaines d’émission : si vous recevez une lettre, vous ne continuez pas, si on vous appelle pour un entretien, c’est ok.

On reçoit l’appel. Yes, ils m’appellent !

Mais une fois rentré dans le bureau où directrice d’antenne, RH, productrices de l’émission font une drôle de tête, on sent un malaise. On vous explique qu’on vous a quand-même fait venir parce qu’il fallait pas croire que vous n’étiez pas fait pour ce métier, au contraire. Mais le jury (ah! le jury, qui est ce jury dont on nous avait pas vraiment parlé avant ?) trouve que votre voix fait trop jeune.

On vous propose un truc, une alternative : faire vos armes sur les radios privées et revenir dans quelques années.

Depuis les années passent, soit la voix ne vieillit pas, soit c’était une bonne excuse pour vous évincer, soit vous étiez carrément mauvais. On apprend la déception. Ça se passe comme ça à la RSR.

22.3.06

la radio academy 2



Si on veut passer à la radio, c’est simple. Aujourd’hui, il suffit de participer à un jeu à la con, de faire une dédicace ou encore de participer à une libre antenne.

Quand on veut être côté régie, c’est un peu plus compliqué. Heureusement, il y a une sorte de « Radio Academy » organisée assez régulièrement, souvent par le service public. Si ce n’est pas filmé 24h/24h, c’est un peu le même principe.

On annonce le concours, on sélectionne une centaine de dossiers, on fait un premier test, un second et pour finir, il ne reste plus que 7 candidats, jetés en pâture à l’antenne. Seule différence, ce n’est pas le public qui choisit qui restera pour se former à l’interne, mais la direction!

Une direction qui vous choie pendant le mois de préparation pour les directs. Formateurs, apéros, studios, matériel, régisseurs, producteurs, monteurs, on fait de la radio comme peu de monde a la chance d’en faire ; c'est-à-dire avec des moyens et du temps. Reportages, interviews, papiers d’humeur. On vous laisse le temps qu’il faut. On vous reprend, on vous prépare, c’est la classe.

Pas de chef d’antenne, pas de pression (l’émission est diffusée pendant une période creuse d’audience, les vacances de Noël), rien que du bonheur.

Joli défi pour les productrices qui se lancent dans une émission magazine avec sept débutants. Les règles du jeu sont simples, sur les sept chroniqueurs débutants, seuls 2, voire 3 resteront dans le service public.

La radio academy 1

Si on veut passer à la radio, c’est pas très compliqué. Depuis tout petit, on peut s’y mettre. On se souvient de cette émission sur la 1ère qui proposait aux enfants d’appeler, de répondre à trois questions et de choisir une chanson. Sauf erreur, aujourd’hui, c’est devenu l’émission les P’tits Zèbres, vers midi.

Par le biais de cette expérience, on s’aperçoit vite d’un premier mensonge : cette animatrice qui répondait si bien aux enfants, qui rebondissait avec tact aux paroles de ces marmots avait en fait un talent caché : le montage.

Car oui, quand la 1ère appelle chez vous à 14h pour l'émission de midi, ça fait bizarre… Le môme est un peu désarmé : c’est pas l’heure de manger, c’est plutôt l’heure de la sieste.

Et horreur, les cinq minutes de parlotte au téléphone se sont transformées comme par magie en 1 minute à l’antenne le lendemain.

N’empêche, malgré tout, c’est classe de dédier un morceau de Michel Jonasz pour sa maman qu’on aime sur l’unique station radio de l’époque. Ça devait être en 83.

21.3.06

Savez-vous pourquoi Céline Dion ?


Ce qu’on apprend en rentrant dans un magazine qui vit de sa pub, c’est que la création de celui qui apporte le contenu importe peu. L’image est au magazine, ce que la musique est à la radio : fondamentale. Si l’image n’est pas propre, nette, bien amenée, personne ne s’arrête sur la page. La musique à la radio, c’est pareil. Qu’importe le contenu.

Si on peut comprendre aisément ce précepte, dommage que les responsables des médias choisissent les solutions de facilité comme mettre des filles à poils sur les couv’ des magazines et diffuser Céline Dion sans arrêt à la radio.

D’ailleurs pourquoi Céline Dion fonctionne-t-elle si bien ? Pourquoi elle ? Est-ce vraiment sa voix ? Elle chante bien, mais elle chante pareil tout le temps. Pourquoi Céline Dion ? Vous savez, vous ? Moi je n’ai jamais compris.

Pourquoi une personne dénuée de personnalité, à la carrière trop facile, aux idées trop lisses perce-t-elle à ce point ?

Le public s’identifie à ce point-là à ses images glamour kitch made in Québec ? A un manque total d'idées ?

Pourquoi Céline Dion ? Aucun scandale à son palmarès, une histoire d’amour qui frise le pittoresque…

Pourquoi une nana qui ne fait même plus l’effort de venir chanter en direct en Europe, préférant le confort d’une salle à Las Vegas (!) est encore suivie par un public aussi nombreux ? Comment ce grand public peut-il supporter à ce point ce dégouli de bons sentiments en musique mièvre ?

Qui est responsable de ce succès ? Jean-jacques Goldman ? Titanic ? Les radios ? J’attends vos réponses…

Faire court

A ce stade, on pense savoir ce qu'est la radio. Mais en fait, on n'en sait rien, pour savoir, il faut visiter ses entrailles. Alors comment faire ? Approcher les médias semble une solution adéquate. On se glisse alors dans un magazine "pour jeunes". En se disant qu'avec un peu de bol, on arrivera à la radio par ce biais. Mais rien n'arrive seul.

Un magazine pour jeunes, gratuit de sucroit, ça ressemble quand-même un peu à la radio privée : glisser un rien de contenu entre deux pubs pour faire croire que c'est interessant. Dire aux annonceurs, que c'est le magazine le plus distribué pour faire tourner la maison... Normal quoi!

On goutte un peu au "format" également, traiter des sujtes en tant de "signes"... A la radio ça sera en tant de "secondes"... Dans le magazine on vous dit:"De toutes façons, les gens lisent les titres et regardent les images", à la radio on dira : "Les gens zappent quand tu parles plus de vingt secondes".

Je ne vais donc pas faire plus long , j'ai bien appris ma leçon.

19.3.06

la lumière rouge du On Air


Donc a 18 ans, on continue à apprendre la comptabilité, le droit, le civisme, et pleins d’autres choses intéressantes.

On continue à faire Radio Garage pour un seul et unique lieu et on se dit que quand même, c’est pas à la montagne que ça se passe. Quoique...

Dans une station touristique, il y a quand même des médias qui viennent lors de manifestations. Et là, déjà un décalage entre la radio privée et la radio publique. Dans la même station, quand une fameuse radio privée vient pour parler d’une grande manif’, son staff porte des vestes aux couleurs de la chaîne. Ils ont une grande gueule, bouscule un peu le badaud.

Alors que les mecs de la radio publique, sont un peu moins branchouille, sûrement un peu plus pantouflards, mais répondent un « oui » sympathique et paternaliste quand un gosse vient leur demander : « J’peux venir voir comment c’est quand vous faites un direct ? »

La radio de proximité, c’est un camping car avec plein d’appareils dedans alimentés avec une prise 220 voltes, ploguée dans le caisson électrique de la commune. Pendant la musique, les mecs parlent un langage bizarre avec le studio central. En fait, les mecs qui font la radio ne l’écoutent pas. Ils parlent de secondes, de séquences, de lancements et d’autres machins.

Mais le truc le plus bizarre, c’est la première fois où la lumière rouge s’allume. Cette couleur rouge, telle une alarme, fait peser dans ce camping car insonorisé une atmosphère qui coupe le souffle, au premier sens du terme. C’est à peine si on ose respirer. Le mec derrière son micro ne parle pas encore, pourtant il est déjà ailleurs. Son regard ne fixe rien de précis. Peut-être ses notes. On dirait un sprinter dans un starting-block. Puis il y va, il n’est plus là, il fait de la radio. Il est là où seuls ceux qui ont fait de la radio peuvent savoir.

Un état de transe, un sentiment de funambulisme où tant qu’on marche en équilibre sur ce fil si fin, c’est la jouissance. La moindre chute est fatale. Pourtant en radio, les chutes, c’est ce qu’il y a de plus difficile à amener.

15.3.06

Premières désillusions


Première désillusion du jeune bleu en la matière, l'approche discrète d'un animateur d'une radio avec un truc du genre : "J'aimerais faire de la radio, tu m'aides?". Non, un animateur n'aide pas, puisqu'un animateur n'est rien. Il est le bout du tunnel. Mais ça, on y reviendra plus tard.

Non, quand on a écouté Couleur 3 depuis tout gamin, faut être plus culotté. Et comment être culotté quand on a du courage mais pas trop ? On utilise internet. De souvenir, Couleur 3 était la seule radio a avoir un forum complètement libre sur son site web. « L’hygiaphone » ils appelaient ça. Alors on écrit une bafouille un peu comme dans un blog.

ET on y va, c'est anonyme : on laisse un message genre : "C'est qui ce nouvel abruti d'animateur avec sa voix chiante ?"

Et l'animateur, forcément sensible parce qu'un peu artiste met au défi l'impertinent en disant : "Viens en faire de la radio toi, on en reparle après. "

Faut pas le demander deux fois. On bûche derrière son ordi, son micro et sa mini table de mix pour torcher une démo, forcément trop longue, forcément trop calquée donc forcément mauvaise.

ET là on attend une réponse. On attend... on attend. Et la réponse ne viendra jamais. Première frustration : Bosser des heures pour que les seules deux oreilles susceptibles de vous écouter ne vous écoute jamais.

Tant pis. L'heure de la revanche viendra. En attend, on bosse ses cours de comptabilité en se disant : « Je ne deviendrai jamais banquier. »

14.3.06

c'est pareil aujourd'hui

Aujourd'hui, on vit pareil. La radio libre c'est internet. Jusqu'au jour où NRJ.com par exemple, va réussir a ouvrir son marché et là, le 90 pour cent des radios web feront comme NRJ.com. Les autres mourront, à moins d'être payées par un service publique.

On formate


Donc, on est à la montagne, on écoute quoi ? Couleur 3 parce que c'est bien fait et nouveau et quand on descent en plaine, on écoute radio thollon en se disant que franchement, la radio libre n'a pas que du bon.

Ca gueule, c'est ringuard, ça parle top 50 à toutes les sauces, y a de la pub, mais il paraît que ça marche. Première fissure franco-suisse.

Au début des années 90, les suisses qui veulent faire de la radio sont nés avec la 1ère, espace 2 ou couleur 3. En France, c'est l'explosion d'NRJ. Radio numéro 1, devant le service publique, depuis longtemps. Trop longtemps.

Et c'est NRJ qui fait des chiffres, donc c'est NRJ qui a raison. Et c'est NRJ qui va petit a petit se débarrasser des stars du showbizz français. Des gens, des voix qui avaient pourtant de la personnalité à l'antenne. On les remplace par des gens qui sont d'accord de se laisser faire (Vous les connaissez, ils s'appellent Alex, Sylvain, Stéph, Rob, Valérie, Nadia, des prénoms quoi). On pose gentiment le cadre de ce qu'on va appeler les radios formatées.

7.3.06

du concret

Pour la première fois dans ce blog, voici un copié collé d'un texte. Parce que la radio, c'est d'abord de l'écrit... Le seul écrit qui s'envole d'ailleurs.

Voici un texte pour un essai sur une radio publique. Un texte sûrement mauvais puisqu'il n'a abouti à rien. Ou alors peut-être qu'il était mal dit. Aller savoir.

Ça fait combien de temps… 2 ans ? Peut-être… 2 ans que je ne m’étais plus assis sur un banc d’essais en votre compagnie…

D’ailleurs, si je me souviens bien, j’ai glissé du banc. Parce que, si ma mémoire est bonne, on m’avait reproché une chose… De ne pas avoir assez lu.

Et comme je suis un rien susceptible… et bien j’ai corrigé cet état de fait… du moins le destin a corrigé tout ça.

D’abord avec la venue dans ma vie d’une jolie fleur…

Une fleur dont la bibliothèque prend quasiment la même place que ma collection de cd… C’est dire.

Oh il ne s’agissait pas là d’une fleur du Coran, ce cher Eric Emmanuel Schmitt n’était pas encore rentré dans ma vie…

D’ailleurs, grâce à la lecture notre couple va bien, puisque l’on se parle très peu :

Nous restons chacun dans notre coin, dans notre bouquin, et quand j'en sors, c’est juste pour évacuer mes angoisses dans mon jardin, histoire de fabriquer un portique et de boire une gorgée de bière en pensant à Phillipe Delerm… Tout en gardant en tête les magnifiques photos parisiennes de sa femme, Martine, tout en chantonnant, vous vous en doutez:

« On est partit avant la fin, du monologue Shakespearien, parti avant de savoir, le fin mot de l’histoire… »



D’ailleurs ne croyez pas que j’ai lu jusqu’à la fin tous les bouquins que j’ai ouvert… non… par exemple, les recueils de textes de Prevert… « paroles, histoires, la pluie et le beau temps »… je m’en accorde, un, voire deux, par dose homéopathique… C’est un tel bonheur, les histoires joyeuses de Prévert ! Barbara, le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un miroir d’étain, la terre qui tourne avec ses grandes flaques de sang, les escargots là au milieu qui vont à l’enterrement, et ces feuilles mortes gisant sur le sol…

Un vrai bonheur, une bonne dose de gaieté… Enfin, ce cher Prévert est comme il est.

Pour en revenir au monologue Sheakspearien et au plantage nocturne de l’archevêque de Canterbury, je vous avouerai que je lis très peu de théâtre…

Ou alors du Boris Vian, Adam et Eve par exemple.

Ou encore, tenez-vous bien parce que des références classiques, j’en ai pas des tonnes non plus :

« Huit Clos », Sartre. Ahhh ça fait bien Sartre…

Merci Madame Binggeli de m’avoir un jour dit cette phrase qui résonne dans encore dans ma boîte crânienne un peu plus remplie qu’avant : «On sent que vous ne connaissez pas bien vos classiques, lisez un peu, Sartre par exemple… »

Je vous ai écouté, je me suis régalé.




Non parce qu’avant, j’étais, comment dire, en adoration pour des auteurs de notre temps, même pas encore morts, qui fréquentent les milieux friqués et surmédiatisés parisiens… qui écrivent des inepties, genre « Nouvelle sous ectasy », «L'amour dure 3 ans » ou encore 99 francs. »

Des bouquins dont vous sortez complètement stoné, tripé, coké, avec cinq maîtresses sous le bras après une bonne cuite… Histoire d’avoir, comme ce cher Beigbeder, une vue sur les fenêtres du monde…

Un monde que je fréquentais pour ces grands bureaux faits de stupeurs et de tremblements, avec une vie monotone, cadrée par des horaires réguliers et son cours de danse… Fini tout ça, maintenant je me plonge dans le petit Robert des Noms propres et je cours m’acheter l’antéchrist de Nothomb, histoire de me prouver qu’il me reste encore quelques traces de folie au fond de moi…

Je dis ça parce que depuis que je me suis installé avec ma copine, que je me suis à lire Allen Carr et que j’ai arrêté la clope… Je suis devenu ennuyeux… Je n’ai plus d’amis … Je philosophe tout seul avec mes bouquins de Khalil Gibran… Je révise mon histoire de seconde guerre avec le liseur de Schlink…

Alors parfois, pour me remettre en selle, je fais des écarts, des grands écarts qui me seront pardonnés car, quand un livre ça vous dit « je t’aime », c’est comme un second baptême… On le prend, on le caresse, on le dévore, on couche avec, on s’endort dans ses pages…



Moi, ça m’a fait ça avec le dernier d’YB, ou Yoram Benzona, un journaliste Algérien. Il s’est mis dans la peau d’un jeune beurre de banlieue qui veut faire Jamel Debouzze comme métier. Un délice de vérité vraie…

Et au rang des histoires vécues, je peux citer « Ils ont changé ma chanson », d’une certaine Corinne Rousset qui a un regard très critique sur sa profession dans sa grande maison de disque…

Non, parce que faut pas croire, là je fais le malin, mais en réalité, c’est la musique qui m’intéresse… les bio sur les artistes que j’aime… et y en a des tonnes. D’ailleurs là, j’ai entamé le plus gros bouquin de toute ma carrière de lecteur… signé Gilles Verlent, ça s’appelle sobrement « Gainsbourg » et ça raconte avec un amour passionné ce grand buveur de vers et tout l’univers qui l’entoure de la traite des Juifs, passant par les yéyés, la décadence et les illusions dans la cour de sa vie.

Par contre, j’ai un secret, un truc inavouable à vous raconter… J’ai une armoire chez moi, un peu planquée… et quand je l’ouvre, il y a … je sais pas si j’ose le dire… de la bd. Oui, j’adore ça aussi.

Je veux pas m’étendre sur le sujet, même si Ayroles et Maïorana, Makyo et Vicomte, Van Hamme, Valès, Loisel, Le tendre, Rosinski, Dufaux et Jiro Taniguchi ont une place inestimée dans mon armoire…




6.3.06

le micro

Qui n'a pas eu besoin un jour ou l'autre d'un micro ? Qui n'a jamais rêvé de chanter dans un micro ? Qui n'a jamais imité un micro à l'aide d'un quelconque accessoire qui y ressemblerait ?

Le micro, instrument magique qui transmet la voix à qui veut bien l'entendre. Le micro, un instrument à dompter... Pas trop fort, pas trop doucement. Il faut savoir parler dans un micro. S'en approcher sans l'effleurer, le toucher pour chuchoter, s'en éloigner pour crier... Le micro est une sorte d'oreille bien plus complexe qu'on ne pourrait le penser...

Chaque micro à son genre, son approche. On n'utilise pas un micro comme ça un jour. Ou alors oui, et c'est la kermesse populaire. Un micro, ça doit se connaître avant d'être utilisé au grand jour. Ce que peu de gens ont compris dans le monde de la radio.

A la radio publique, par exemple, ceux qui décident si un essai d'animateur est bon ou pas, donnent rarement l'occasion aux candidats de dompter un peu leur micro avant de leur demander de faire de la radio pour de faux, comme dans une émission d'une heure mais en dix minutes.

Dans cette situation, le micro peut être votre pire ennemi.

les années 90 passent

C'est le hip-hop. On veut pas que faire de la radio, on veut faire du hip-hop. On danse, on chante, on se pète la tronche l'hiver en station avec les touristes. Et le reste de l'année on est un peu plus seuls.

On veut être les IAM de la montagne, les eskimooo du micro. Le micro, toujours là chez celui qui veut créer.

la belle époque

Donc si on résume : un garçon à la montagne veut faire de la radio et il sait pas comment faire. Donc il suit les conseils de ses parents qui l'envoient faire ses premières années de travail dans le tourisme.

Et là, c'est l'éclate. Pourquoi ? Parce que la radio se vit comme un rêve, un but. Il fait tout pour faire de la radio. Même de la radio sur k7.

Une radio pour un magasin de snowboard. Environ 2 k7 de 120 minutes par semaine, avec sélection musciale, news sarcastiques du coin, bref, une radio libre et définitivement locale.

Et des heures, des heures sur un mac pour monter des jingles avec trois bouts de ficelle. On invite les copines dans le petit studio pour des prises de voix à l'aide d'un micro en plastique. On pastiche, on invente, qu'est-ce que c'est bon! On ne sait pas ce qu'est un traitement de son, une sortie pub, une op, un liner, un teaser. On sait juste s'amuser.

Une radio géniale parce que pas besoin d'auto-radio pour l'écouter. Il suffit juste de passer la porte du shop.

puis les parents essaient de se rassurer

En même temps ce môme, il a de l'ambition, et de l'ambition chez un môme, c'est plutôt rare à cette époque. Mais bon, tu feras quand-même un vrai métier. Tiens, ils cherchent quelqu'un dans le tourisme local...

27.2.06

les parents paniquent

"Déjà qu'il fait du théâtre à la place de faire de la gym dans la société locale". On oblige quand même l'enfant a faire de la gym. Et c'est pas plus mal. Plus tard, quand il fera de la radio, il gardera en mémoire les visages bouffis d'alcool de ces soit-disant sportifs. Dignes représentant d'auditeurs de radio commerciales dites "adultes".

Une radio "adulte", c'est une radio qui passe des tubes ringards pour un publique ringard. Une radio animée par des jeunes déjà ringards mais qui font jeunes quand-même pour que le publique ringuard ne se sente pas trop ringuard. C'est un des précepte. C'est pas fini.

26.2.06

radio libre

La "radio libre" on s'en fout à douze ans. On fait la radio qu'on aime, égoïstement, dans sa piaule en rabachant ses enregistrements à ses pauvres parents qui n'en peuvent plus de voir leur gosse dépenser son argent de poche en appareils, câbles et cassettes.

êtes vous à la bonne place ?




























On s'en fout à douze ans. On prend un micro, on crache dedans, on sature, on est vulgaire, on invente des faits divers presque pires que la réalité. La "radio libre" n'existe qu'à cet instant.

la radio c'est comment ?

La radio, ça se fait d'abord à la maison. Avec un magnétophone à cassettes, une petite voisine de 12 ans qui fait la météo, un pote bien lourd qui fait des fausses pub en calquant son humour sur celui des Inconnus.

La radio, c'est rien du début à la fin. C'est du vent. Un vent qui peu laisser quelques traces sonores. Inaudibles, forcément.

Et vous ? vous avez souvent joué à la radio durant votre enfance ?

25.2.06

"un jour, moi je rentrerai dans cet appareil pour dire des trucs aux gens."

Mais y a rien à foutre, pour rentrer là-dedans, faut au moins être minuscule ou alors tenter de comprendre. Comprendre oui, mais comment?

Papa, maman n'ont pas franchement l'air motivés pour une visite de studios, donc, on observe: les photos dans les magazines, les images volées dans un studio lors d'un reportage tv.

Allo, c'est comment la radio ?

ça interesse




Attendez un peu. On ne peut jamais tout comprendre d'un coup. L'important est de situer.

Alors, prenez un gosse de quatre ans qui a des parents, de la famille. Les membres de sa famille s'informent à l'aide d'une radio. L'enfant regarde le poste. Il se dit dans la splendeur de son innocence : "un jour, moi je rentrerai dans cet appareil pour dire des trucs aux gens."

pas avant de savoir quoi ?

Savoir comment ça se passe. Ils ne défendent aucune idéologie si ce n'est celle du fric et celle d'une soit-disante expérience en la matière.

Ils maîtrisent la chose pour mieux l'évacuer. Ils sont dangereux.

Mais comment vont-ils me croire?

Après tout, ça n'a pas tellement d'importance.

Ca se joue à combien ? 60, 80, allez, 200 personnes dans la région. Et le reste ? Pas de quoi en faire un blog... enfin, à moins que ça intéresse quelqu'un.

maintenant

C'est quoi ? 22 heures ? Il suffirait d'allumer la télé. Et pourtant l'envie n'est même pas là. Le tanin se fait doux sur mes lèvres encore violettes. Et je vais leur dire quoi moi ?

Leur dire qu'il ne faut pas faire comme moi. Non. Il ne faut pas y aller... pas encore... pas avant de savoir.

enfin

enfin cinq minutes. Les amis ont quitté la maison, ma femme n'est pas encore rentrée, ma fille dort. On peut commencer. Vous êtes prêts ? Et pourquoi pas maintenant ?
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